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[Dossier] Des Meufs & du Game : Anka

Notre entretien avec Anka s’est fait par téléphone. Nous nous sommes déjà croisées sur les longues routes du game. C’est un vendredi soir après 21 heures qu’on a parlé d’elle et de sa place.

Les Deux Meufs : Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Anka : Je m’appelle Anka, j’ai 27 balais. J’ai fait des études de lettres et d’hôtellerie. Je me suis mise en couple avec un rappeur. Au départ, il faisait tout tout seul. Il n’avait personne réellement qui s’occupait de lui. Je suis une personne assez “touche à tout”. J’ai donc commencé à me former sur le tas avec les contrats, les subventions, les tournées, … J’ai appris les métiers du Rap dans plein de domaines différents parce que quand tu es en indépendant, tu fais tout toi-même.

LDM : Aujourd’hui qu’est ce que tu fais ?

A : Plein de choses ! On est en indé même si aujourd’hui, on sous-traite pas mal de choses. C’est par moi que passe tous les aspects au niveau de la productions des dates, des albums, les contrats avec les distributeurs, de la communication sur les réseaux sociaux. On produit avec LeVers2Trop des projets d’autres artistes donc je ne travaille plus exclusivement sur Davodka. Je m’occupe aussi des démarches administratives de ces artistes. J’ai des projets en parallèle : je suis derrière pas mal de pages Facebook, je donne des coups de main à des shops qui lancent leurs sites. C’est pas des choses que je mets en avant parce que j’ai pas envie que les gens sachent que je suis derrière. Ça me fait juste plaisir de donner de la force.

LDM : Qu’est-ce qui te plaît dans ce que tu fais ?

A : À la base, je l’ai fait parce que je me sentais obligée. Je voyais que Davodka, il était en difficulté. Avec mes études d’hôtellerie, il y a pas de mal de choses que tu peux mettre en parallèle : l’organisation, la rigueur, savoir faire une facture, … J’ai mis mes connaissances à contribution dans la musique. Aujourd’hui, c’est vraiment devenu une passion. C’est plaisant de bosser sur des projets, de voir comment ils évoluent, de rencontrer du monde. Dans 10 ou 20 ans, quand ce sera fini, je serais fière car il y aura toujours une trace. Chose que tu n’as pas quand tu fais un boulot lambda. Je serais fière de montrer à mon fils des clips ou des albums qu’on a sorti. C’est laisser une trace au final qui me plait autant. C’est une chance ! On voyage, on rencontre plein de monde même des artistes dont j’étais fan gamine que je côtoie aujourd’hui. Je vis ma meilleure vie !

LDM : Ta place de femme au milieu de tout ça ?

A : Elle est difficile. C’est assez compliqué d’où l’importance de signifier que je suis en couple avec un rappeur. Il faut savoir l’aider sans pour autant prendre trop de place. Je peux vite être cataloguée “meuf qui profite” de la visibilité de l’artiste avec lequel je vis par les rappeurs ou les gens du Rap. Il faut que je sois vachement mesurée parce que tout ce je fais ou que je dis, va forcement être relié à lui. Ça m’oblige à garder une certaine retenue. J’essaie d’éviter certains sujets ou de dire certaines choses. De base, c’est une place compliquée. Être une femme dans la société, c’est compliqué. Dans un monde comme le Rap, ça l’est encore plus parce que c’est encore un milieu très masculin. Quand, en plus, tu es la femme de quelqu’un, tu es beaucoup plus visée par le jugement ou la critique.

LDM : L’idée de ce dossier est de mettre en avant les femmes de l’ombre.

A : Il y en a peu si on fait un pourcentage hommes/femmes. Je pense qu’il y a beaucoup de femmes qui sont dans le milieu parce qu’elles ont été ou sont en relation avec des gars. Que ce soit leurs amis ou leurs conjoints. Il y en a qui ont réussi à se faire leur place elle-même mais je pense que c’est plus compliqué pour que un mec. Le problème, c’est que même si tu fais tout par toi même, on va t’affilier aux mecs avec tu as travaillé.

LDM : Si tu n’avais pas fait ce job, tu aurais fait quoi ?

A : Je pense que j’aurais continué l’hôtellerie pendant quelques années encore. C’est un métier qui me plaisait bien. J’aime le contact avec les autres. Je parle quatre langues étrangères (Allemand, Anglais, Néerlandais, Espagnol). Du coup, le tourisme, c’est un milieu qui me correspondait bien.

LDM : Des conseils à donner ?

A : Fonce mais accroche-toi ! Ça risque d’être compliqué. Tant que tu kiffes et que tu es contente de ce que tu fais, il n’y a pas de raison que tu ne puisses pas trouver ta place. La société est assez misogyne dans l’ensemble, le Rap n’est rien que le reflet. Tu vas donc avoir plus de difficultés qu’un mec. On te fera moins confiance. Je l’ai vu en concert : c’est moi qui était en régie et dès qu’il y avait un problème, on allait voir les artistes. Alors qu’eux, ne sont au courant de rien. Je ne pense pas que les gens rejettent les femmes mais comme il y en a peu … L’idée n’est pas encore ancrée.

LDM : Un morceau ?

[Dossier] Des Meufs & du Game