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[Dossier] Des Meufs & du Game : Juliette Fievet

Avec Juliette, on a réussi à s’attraper entre deux stations de métro et devant une entrecôte avec une sauce à la fourme d’Ambert. La prochaine, c’est pour nous !

Juliette Fievet fait ses premiers pas dans l’industrie musicale à l’âge de 18 ans, dans la salle de concert, « l’Aéronef » de Lille aux côtés de Manu Baron. À 21 ans, elle devient chef de projets, dans la maison de disque parisienne « Next Music » où elle gravira les échelons, en devenant Directrice Artistique puis Label Manager en charge notamment des Magic System, Sean Paul, Youssoupha , Ky Mani Marley,… À 26 ans elle décide de se lancer dans l’entreprenariat en montant sa société 360° : “Influences Music”, prenant en charge le développement, le management ou la stratégie de nombreux labels et artistes Français et internationaux, tels que Nelly Furtado, les Brick & Lace, Shaggy, Capleton,

Forte de cette expérience dans la musique, Juliette décide de se lancer dans une nouvelle aventure de transmission : l’animation radio ! En 2009, elle intègre l’équipe de l’émission « Couleurs Tropicales » sur RFI.

Elle enchaine dans la foulée un nouvel exercice, les chroniques télé, en intégrant en 2010 France Ô, d’abord dans le magasine d’actualité “Ultramarine“, puis dans la quotidienne “Ô rendez-vous”, mais aussi durant deux saisons au “Labô” de Sébastien Folin, et enfin dans le late show « Le Claudy Show » de Claudy Siar ou elle a présenté chaque semaine durant deux années consécutives ses billets « L’humeur de Juliette ».

Eté 2014 elle a été rédactrice en Chef et co-présentatrice de l’émission «Island Africa Talent», la Star Academy Africaine (200 Millions de téléspectateurs). 

Hyperactive et femme de convictions, en parallèle de ses émissions, Juliette managera durant 3 ans le rappeur Kery James (de 2012 à 2015).

Elle est, depuis août 2016, le Joker officiel de Claudy Siar sur RFI . Aux commandes de la quotidienne Couleurs Tropicales, elle assure le remplacement très régulièrement de cette émission aux 50 Millions d’auditeurs dans le monde. Juin 2017, elle couvre le Marrakech du rire pour la chaine EDAN.

Le 25 Janvier 2018 elle crée, co-produit et anime un nouveau concept sur le net « Le grand Pari » adoubé par les médias, cette émission totalement autoproduite est un mélange de late show, d’entretient et de live.

Aout 2018 RFI lui confie sa propre émission d’été « Légendes urbaines », 8 épisodes au cours desquels l’animatrice a reçu des star des cultures urbaines tels que Dosseh, Kery James, Végédream, Seth Gueko, Amel Bent…. Forte de son succès, l’émission est reconduite en 2019.

Tous les ans vous pouvez la retrouver à la présentation de l’émission urbain événement de l’année, le « Hip-Hop Live », aux côtés de Fred Musa sur France Ô et France 2. Juliette est aussi une animatrice live expérimentée. Vous l’avez peut être déjà aperçu comme maitresse de cérémonie sur divers manifestations aussi éclectiques les unes que les autres ; des Trace Music Star pour Trace TV, médiatrice pour les conférences de la Sacem, maitresse de cérémonie du Gala Efficience ou des PRIMUD.


LDM : Aujourd’hui, qu’est-ce que tu fais ?

Juliette Fievet : Déjà, je fais mon émission “Légendes Urbaines” sur RFI. Et faire mon émission, c’est pas une mince affaire. Déjà, je suis toute seule ! Même si j’ai un réalisateur formidable ! Chez RFI, le cahier des charges est que quand tu es animateur : tu es journaliste. Il n’ y a pas de rédac chef, pas de rédaction qui écrit à ta place. Ça n’existe pas ! Ce n’est pas concevable. Il faut donc savoir écrire et potentiellement savoir animer. C’est pas l’inverse ! J’écris, je programme. C’est énormément de travail. Souvent les gens s’imaginent qu’en radio ou en TV, tu appuies sur un bouton et c’est parti. La préparation d’une intro de deux minutes comme je peux le faire, ça peut me prendre 3 jours. On m’a souvent dit : “Ouais t’es animatrice !“. Non, enfin oui et non, parce que j’aime ça aussi et que je multiplie les trucs. J’ai hosté entre autres des shows dans des stades à Conakry. Il y a aussi “Le Grand Pari” même si là je suis productrice, programmatrice, rédactrice en Chef, … mais j’anime ! D’ailleurs, il y a un truc qui m’a vachement soulée sur cette émission. Les haters, certainement des gens qui branlent rien de leurs vies et qui ont beaucoup de courage derrière un ordinateur. “Ouais, l’animatrice faut la changer !“. Mais nique ta race ! Il n’y aurait pas d’émission si j’étais pas là. Les gens, ils viennent pour moi parce que c’est mes reufs. Renseigne-toi, je ne suis pas Miss Météo ! Avec tout le respect que j’ai pour elles, on ne fait pas le même métier. Mis à part que quand je décide d’hoster un dîner de gala, un show, un concert, etc, … Là, c’est mon petit côté GO du Club Med ! J’adore ! Je golrie ! J’aime beaucoup mais c’est un aspect de mon travail.

JF : Je fais aussi beaucoup de reportages partout dans le monde. J’ai une société dans laquelle je fais du consulting, du “lobby”. J’aime pas trop ce terme prétentieux qui est souvent associé à de la politique et à des milliards de dollars. Mais comme je connais des gens dans le monde entier et d’univers complètement différents, j’aime assez les connecter. Je fais du média training et de la stratégie pour les artistes même des politiques parfois dans l’ombre. C’est la face un peu cachée de mon job.

LDM : Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais ?

JF: La transmission. J’ai commencé par être manager ensuite productrice, DA en maison de disque. Mais tout ce qui m’a toujours intéressée, c’est d’être un vecteur. Je ne suis qu’un vecteur, je ne suis personne. Je mets en lumière des gens ou je connecte des gens. J’aime pouvoir le faire aujourd’hui à travers un média, en TV, en radio et par de nombreuses façons. C’est important et fondamental pour moi. Je ne sais plus qui disait : “ Si tu le donnes, tu ne pers rien, c’est le savoir”. J’aime cette idée. Je trouve que les gens sont très ignorants mais surtout très fainéants. C’est Brel qui disait “La bêtise, c’est de la fainéantise“. En tous cas, dans nos sociétés, c’est vrai parce qu’on a accès à l’éducation comme jamais. J’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi un gamin de 15 ans au Tchad a cent fois plus de culture générale qu’un mec de 40 ans occidental de France. Après ça peut se comprendre … Les mecs vivent de telles injustices qu’ils se renseignent sur le monde dans lequel ils vivent. Alors que les mecs de 40 ans se demandent comment ils vont monter leur armoire IKEA le dimanche. Ça reste donc de la fainéantise intellectuelle. Je suis assez virulente là-dessus. Je suis un colibri. J’ai ma #TeamColibri. J’essaie de prendre ma part de responsabilité à travers la transmission.

LDM : Ta place de femme au milieu de tout ça ?

JF : C’est ma place d’être humain avant tout. Je ne suis pas en mode “je suis une femme”. C’est pas ma priorité. Ça ne l’a jamais été. Ça le devient un peu plus aujourd’hui parce que j’ai été à l’extrême. Je déteste le mouvement Femen par exemple, je ne pense pas que tu obtiens le respect en manquant de respect. Tu n’arrives pas à poil dans une mosquée en te disant que les gens vont comprendre le message. Ça n’a aucun sens. Ça veut dire aussi que tu as des certitudes. Tu peux être dans un combat … mais je suis dans un combat “pour” et pas “contre”. Se battre “pour”, c’est pas ce genre de procédé. C’est pas mon truc. Je suis très Simone Weil évidemment mais pas femen. Le mot “féministe” a été tellement galvaudé que j’ai été dans un déni durant des années parce que j’ai été associé à des gens, à des femmes qui ne me ressemblaient pas. Forcée de constater à 40 ans aujourd’hui que bien sûr c’est différent quand tu es une femme, bien sûr que c’est dix fois plus dur quand tu es une femme surtout quand tu n’es pas blonde aux yeux bleus et blanche. Je ne suis pas non plus certaine que dans le Rap Game, ce soit avantageux d’être renoi. D’ailleurs, c’est même pas le milieu le plus misogyne au monde. Loin de là ! Mais c’est encore un autre débat. Cette conscience d’être femme aujourd’hui fait que je m’évertue à mettre d’autres femmes en avant. Je pense être l’une des premières à vraiment essayer de le faire. J’ai plein de sistas dans ce game. Je suis loin d’être un exemple mais mon émission “Spécial Femmes” l’année dernière a donné beaucoup d’idées à beaucoup de gens. Les retours ont été plus que positifs. Je considère que c’est de ma responsabilité de le faire. Et si je dois choisir à qualités égales un homme ou une femme, je choisirais une femme. Si je dois choisir à qualités égales un blanc ou un noir, je choisirais un noir. À qualités égales, je m’évertuerais d’être complètement subjective. Être une femme pour moi aujourd’hui, c’est essayer d’être juste parce qu’on est toujours dans des extrêmes à la con ! Alors essayer tant que faire ce peut de mettre ma pierre à l’édifice pour rééquilibrer les choses.

LDM : L’idée de ce dossier est de mettre en avant les femmes de l’ombre.

JF : Je suis toujours fascinée par la fascination des gens quand tu leur dis “Ouais, il y a des meufs dans le Rap et on ne se fait pas violer ni frapper“. Il y a des meufs dans le Rap depuis toujours même si c’était des meufs de maisons de disque. C’est pas des meufs du terter. Elles étaient là quand même : La Gazelle, Marie Audigier, Laurence Touitou, Valou, … Je suis, je pense, la première à être arrivée en mode terrain, ghetto. Je manage des groupes de rap. Je ne suis pas dans une structure. Je suis en mode cassos. Il y en a de plus en plus des meufs. Le problème, c’est que c’est un peu le serpent qui se mord la queue. Il y en a même beaucoup. Souvent, elles sont attachées de presse. Et il pourrait en avoir encore plus, si les meufs se disaient que c’est accessible. C’est toujours un truc d’exemplarité. C’est que maintenant qu’on commence à parler. Ça insuffle une dynamique pour les jeunes qui arrivent et se disent que c’est possible. D’un seul coup, tout le monde s’excite ! Je sais pas … Les planètes se sont alignées ! Les gens découvrent que j’existe alors que je ne fais pas plus qu’avant. Je m’occupais de Capleton, de Sean Paul, de Shaggy. Je pense que ça méritait autant de visibilité médiatique. Je fais ça depuis 20 piges frère ! C’est dans l’ère du temps. Les meufs sont donc en minorité aussi parce qu’il y a un manque d’exemplarité. Si ce genre d’interview pour les meufs du game se fait de façon la plus objective et qu’elles sont mises en avant comme les hommes, qui font d’ailleurs la moitié qu’elles dans le game … Il y aura forcement plus de meufs ! Le meilleur reste à venir !

LDM : Si tu n’avais pas fait ce job, tu aurais fait quoi ?

JF : Il y a deux choses que j’avais envie de faire dans ma vie. J’avais envie d’être avocate mais j’ai deux contraintes avec ce métier : le nombre d’années d’études, j’ai arrêté les études au Bac, et un problème moral. Je connais de très très grands avocats qui ont défendu des personnalités du grand banditisme, des meurtriers, des pédophiles, … Parce que quand tu deviens un grand avocat, tu te retrouves à plaider des causes très complexes et ambiguës. Je suis incapable d’avoir ce cas de conscience. Donc non ! Ensuite j’aurais adoré être créative en pub. Parce que j’adorais cette émission “Culture Pub”. Ma grande passion, c’est de faire des conneries. Dans “Le Grand Pari”, ce que j’ai le plus adoré, c’est être au montage avec Abdel et mettre des magnétos de connasses, des jokes, … Je suis un clown ! Ma vie, c’est faire des blagues, des gamineries ! Je peux pendant des heures remonter le siège de mon agent qui est couché dans l’avion à chaque fois qu’il ronfle. Mais dans ce monde de pub, on est complétement dans “99 Francs“. Donc non aussi ! J’espère continuer de faire ce que j’ai à faire. J’ai beaucoup de projets. J’adorerais faire un late show à la “Ellen De Generes” ou “Letterman” où j’interviewe les Zemmour and co. J’ai franchement envie de me les farcir ! Je ne suis pas certaine qu’ils auront les couilles de venir me voir. Et aussi, interviewer des rappeurs au même titre que des politiques, des auteurs ou des comédiens. J’y arriverais un jour. Enfin, je l’espère ! Si je n’y arrive pas, j’irais vendre des cocktails sur la plage de Seth Gueko en Thaïlande.

LDM : Des conseils à donner ?

JF : Si tu veux y aller, n’oublies pas que tu es une meuf. Blanche, noire, asiatique, t’es une meuf ! Tu n’es pas dans le pire milieu. Tu n’es pas à Wall Street. Tu n’es pas en politique. Mais tu es dans le showbiz donc beaucoup d’appelés, très peu d’élus. Sache pourquoi tu le fais : si c’est pour être en mode groupie et te rapprocher des artistes, circule tout de suite et sois une starfuckeuse ! Si tu le fais, fais-le bien. Sois prête à travailler dix fois plus et à mettre ta pierre à l’édifice. Si tu viens dans ce game, qu’est ce que tu amènes ? Qu’est-ce que tu apportes de plus ? Quelle est ta plus-value ? Qu’est-ce que tu es prête à faire pour que ça fonctionne ? Si tu dois t’occuper d’artistes, c’est pas toi la star. Tu dois être suffisamment altruiste pour mettre des gens en avant. Quelles sont tes motivations ? Parce qu’ici, il ne s’agit pas de briller. Le bling, le champagne, les paillettes, c’est 10% du game voir 5%. Le reste, c’est du taff ! Sois consciente, sûre de ce que tu veux faire, des raisons pour lesquelles tu veux le faire. Si tu démarres, ne fais jamais demi-tour mais travaille dix fois plus que n’importe qui.

LDM : Un morceau ?

[Dossier] Des Meufs & du Game

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