LOLA FABIENNE COSTA LES DEUX MEUFS SITE REFERENT DE LA CULTURE HIPHOP AU FEMININ RAP

[Dossier] Des Meufs & du Game : Lola

Avec Lola, on s’est retrouvées à la sortie “Avenue de l’Opéra” du métro “Pyramides”. Elle a tenu à nous signaler que ce n’était pas son quartier et qu’elle était là pour bosser.

Les Deux Meufs : Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Lola : Qui je suis, ça je ne le sais pas trop mais je viens de Paris. Je suis parisienne. À l’heure actuelle, je suis rédactrice pour plusieurs structures : Yard, Check, Nofun. Je réfléchis au Rap pour plusieurs médias et je fais aussi des études.

LDM : Quel est ton parcours ? Tes études ?

L : C’est un parcours multidisciplinaire. Je suis en master 2 que j’aurais dû avoir terminé mais j’ai pris une année pour travailler l’année dernière à Bruxelles. Il y a de la philosophie de l’art, de l’histoire de l’art, de la littérature, etc. J’en suis à mon deuxième mémoire et j’écris sur PNL.

LDM : Comment es-tu arrivée dans le milieu du HipHop ou comment il est venu à toi ?

L : Il y a eu plusieurs choses qui ont coïncidé. J’ai redoublé d’attention à ce qu’il se passait dans le Rap en 2016. J’avais écrit un premier mémoire qui parlait de la musique et je traitais certains albums de Rap. J’avais envie d’être au plus près de ce qu’il se passait et j’ai réussi à me retrouver dans un stage d’observation à l’émission “La Sauce” chez OKLM. Ça m’a ouvert des portes. De fil en aiguille, j’ai rencontré des gens qui m’ont parlé de Yard, notamment de leur recherche de rédacteurs. C’est donc surtout avec Yard que ça s’est officialisé cette relation amoureuse avec le Rap.

LDM : Qu’est ce qui te plait dans ce que tu fais ?

L : Ce qui me plaît en premier c’est de travailler avec des gens qui sont passionnés et qui sont dans un bouillonnement de réflexions. Il y a toujours des questions, des débats. Rien n’est donné. Tout le monde réfléchit ensemble. Tout ce que l’on peut trouver dans un moment clé d’une culture ou d’une sous-culture. C’est tellement intéressant. Il n’y a pas un jour qui est comme un autre. Il n’y a pas un journaliste ou un artiste qui a le même avis qu’un autre. C’est ce qui m’intéresse le plus.

View this post on Instagram

W.L.G

A post shared by Lola Levent (@lolalevent) on

LDM : Ta place de femme au milieu de tout ça ?

L : C’est toujours les autres qui me font sentir que je suis une femme. Je sais pas … Franchement, ça dépend. Je sens que je suis une femme et qu’on peut me mettre en valeur pour cette raison-là. C’est un peu bizarre mais parce que les gens que j’ai autour de moi se tourne vers moi pour aborder tel ou tel sujet. Il y a une espèce d’attention qui se crée autour du fait que je vais donner mon opinion depuis mon sexe. En vrai, c’est un peu ça. Je le sens dans ce sens là. Dans certains cas, ma voix n’a pas le même poids que celle des autres parce qu’elle est plus rare en terme de genre. C’est vraiment d’un point de vue rédactionnel. Je l’ai remarqué récemment lors d”un podcast où on était deux femmes autour de la table. On était dans le débat Cardi B/Nicki Minaj et on était toutes les deux d’accord. En dehors de leurs rixes personnelles, nous on s’en fiche de savoir qui est la meilleure car il y a de la place pour les deux. Ma collègue a rebondi très intelligemment : “Comme si être une femme était un genre musical et qu’il n’y avait qu’une seule place“. On a eu une discussion avec un de mes collègues qui disait “On voit vraiment la différence parce que vous arrivez avec des points de vue très différents“. J’ai beaucoup de collègues avec qui on parle de ces histoires de misogynie. Je pense qu’il y a des gens qui sont plus sensibles au progressisme dans le Rap et d’autres moins. Il y en a toujours que ça va irriter et d’autres pas. Mais je pense que je suis très bien entourée.

LDM : L’idée de ce dossier est de mettre en avant les femmes de l’ombre.

L : J’en connais pas mal mais c’est assez récent. On commence à vraiment se parler. Je trouve que c’est hyper important parce que je sens le soutien. Chez ces femmes là, il y a des points de vue, des goûts très différents. Et ça fait du bien ! J’ai besoin de trouver des réponses à travers les idées de mes consoeurs. Ça m’aide à me comprendre. Est-ce qu’elles sont sous représentées ? Oui mais pas plus que dans le reste de la société. Là où ça me touche et ça devient gênant, c’est dans les artistes. Ça me rend aigrie. Il y a un héritage qu’ont laissé nos rappeuses françaises, que ce soit Diam’s, Casey, Keny Arkana,… Et quand j’écoute les rappeuses, j’ai l’impression qu’on les a poussées à reprendre une sorte de flambeau, comme si il fallait aller chercher de la légitimité au lieu de valoriser le côté innovant. Mais le public français n’est pas prêt pour ça, le style vestimentaire américain et l’hypersexualisation… Heureusement que Shay, elle commence à se faire entendre. Je me suis rendue compte que moi-même j’avais intériorisé une forme de sexisme ! Quand j’écoutais une rappeuse, j’étais encore plus exigeante que quand j’écoute un rappeur qui me bullshit. Quand c’était une femme, je me disais : “Mais pourquoi elle défend pas ça ?” “Pourquoi elle fait pas un truc plus moderne ?“, etc. J’ai mis du temps à me rendre compte que j’étais complément dans l’abus. Il faut qu’elles fassent plus ou presque autant que les américaines et que les anciennes. Il faut que ce soit de bon goût. En fait, c’est complètement misogyne comme manière de réfléchir !

LDM : Si tu ne faisais pas ça aujourd’hui, tu penses que tu ferais quoi ?

L : Je fais déjà d’autres choses. J’écris beaucoup de poésies. C’est mon activité numéro 1 en dehors de mes travaux de recherches à l’université et du journalisme. J’ai une grande passion pour l’art contemporain que j’essaie de relier tant bien que mal avec la musique actuelle. Je pense que je serais quelque part dans une galerie d’art.

LDM : Des conseils à donner ?

L : Savoir de quoi on parle, c’est déjà pas mal. Le plus intéressant est de creuser ses sujets, de vraiment écouter les artistes musicalement mais aussi dans leurs discours extra-musicaux. C’est toujours moins intéressant de parler des choses en surface. Les mecs qui travaillent dans le Rap sont des érudits et c’est extrêmement impressionnant. Pour une femme, arriver là-dedans et se laisser impressionner, c’est très facile.

LDM : Un morceau ?

[Dossier] Des Meufs & du Game

Crédit Photo : Fabienne Costa