PAOLINE SEBASTIEN GIROD LES DEUX MEUFS SITE REFERENT DE LA CULTURE HIPHOP AU FEMININ RAP

[Dossier] Des Meufs & du Game : Paoline

Avec Paoline, la conversation a débuté après un couscous. Elle s’est terminée vers 4h du mat avec un coca et un cendrier qui déborde.

Les Deux Meufs : Qui es-tu ? D’où viens tu ?

Paoline : Je m’appelle Paoline. J’ai fait des études littéraires. J’ai passé un Bac L. J’ai fait une école de journalisme et une école d’animation radio. À la base, je viens du 49 à côté d’Angers.

LDM : Comment es-tu arrivée dans le milieu du Rap ?

P : Professionnellement, ça a été une opportunité. J’écoute du Rap depuis vraiment toute petite. J’ai un grand frère qui se butait au Rap. Il a fallu que je prenne la relève en quelque sorte. J’ai fait mon école de journalisme. Dans le cadre de la formation, il fallait que je fasse un blog. Je me suis dit que j’allais lier l’utile à l’agréable pour ne pas avoir la flemme d’écrire ! J’aime le Rap donc j’en ai fait un blog. Puis j’ai rencontré une personne qui s’appelle Wesley qui avait une page twitter sur le Rap Français. Ca s’appelait “Débat Rap Français” à l’époque. Je lui ai proposé d’écrire des articles. Il m’a dit oui et Vrai Rap Français a vu le jour. Et ça a pris son ampleur. Voilà comment j’ai démarré.

LDM : Aujourd’hui, qu’est-ce que tu fais ?

P : Je travaille chez Mouv’ et je suis chroniqueuse dans l’émission “After Rap“. Ça passe tous les dimanches de 19h à 20h. Je suis autour d’une table. C’est Pascal Cefran qui anime. On est une bande de chroniqueurs et on donne notre avis sur le Rap Français. C’est un bilan des actualités de la semaine. Aujourd’hui, je vis du Rap et je suis fière de le dire ! Métier de média, tu es obligé de faire tes preuves donc de galérer. Parfois on y croit un peu moins, parfois on y croit un peu plus. Le jour où tu y arrives et que ça paye les factures, c’est une fierté de fou !

LDM : Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais ?

P : C’est une grande question. Déjà, ce qui me plait dans mon travail de journaliste, c’est de rencontrer des gens, m’intéresser à des gens, à des parcours, donner le pouvoir en quelque sorte de parler de sa vie. Surtout, dans ce métier de journaliste, il n’y a pas de routine. Tous les jours, tu rencontres des personnes différentes. Il existe aussi plusieurs supports : l’écrit, la radio, la TV. C’est un milieu où je savais que je n’allais jamais m’ennuyer. Aujourd’hui en tant que chroniqueuse et journaliste Rap, je lie l’utile à l’agréable. Je suis passionnée de HipHop donc allier ce côté journalistique et la passion de la musique … Ca me va parfaitement ! En tant que chroniqueuse, ce qui me plaît, c’est donner mon avis parce qu’en tant que journaliste, tu ne peux pas donner ton avis. Tu es là pour faire le relais entre le public et le personne interviewée. Donc donner son avis, c’est un luxe. C’est vraiment un luxe d’être chroniqueuse Rap aujourd’hui en tous cas.

LDM : Ta place de femme au milieu de tout ça ?

P : Franchement … Je pensais que ça allait être facile. Parce que je ne voyais même pas de garçons/filles. Je m’en foutais. J’écoute de la musique, basta ! Je suis une journaliste, je donne mon avis et je fais du relais. On s’en fout que tu sois mec ou meuf du moment que tu fais bien ton travail. Mais dès “Vrai Rap Français”, je me souviens des messages de Wesley : “Y’a tel site ou tel qui aimerait qu’on écrive pour eux. Je leur ai dit que ce serait toi mais ils veulent pas parce que t’es une meuf“. Ça a été comme ça d’entrée de jeu. Tu es secouée. Surtout qu’à l’époque, j’écrivais beaucoup plus d’articles que Wesley qui, lui, gérait les réseaux sociaux. C’était donc mon ton qui était apprécié. On faisait aussi des chroniques d’album, les retours étaient “Ah non, je lis pas cette critique. C’est une meuf qui l’a faite“. Là, c’était carrément le public. “Les Meufs ça connaît rien au Rap donc je ne lis pas” ou même des tweets qui étaient sensés être gentils “Franchement les Meufs qui parlent de Rap, ça sert à rien sauf Paoline, c’est cool”. Ça veut tout dire. Mais on le voit sur le Foot aussi. Mais en fait, quand tu me dis ça, je ne vais pas redoubler d’efforts mais je vais te montrer que je suis là et que mes chroniques tu vas les lire à un moment donné. Puis ça te fatigue. En arrivant à Mouv, je me suis dit que j’avais franchi un palier. Je vais montrer pourquoi je suis là et que mon patron a eu une bonne idée de m’embaucher. Je pensais qu’on allait me lâcher là-dessus mais pas du tout ! Les commentaires sur Youtube que j’ai eu … a a été pire qu’avec “Vrai Rap Français”. Je ne lis plus les commentaires aujourd’hui. J’aime bien la critique, ça me fait avancer et sortir le meilleur de moi-même. Mais les commentaires “T’as vu comment elle est habillée ?“, “T’as vu comment elle est coiffée ?“, “Mais qu’elle ferme sa gueule celle-là !“… Il y a même eu des appels au viol. C’est pas traumatisant mais presque.

P : Ça s’est pas fait mais je suis sûre que si un gars rote au micro, on ne lui dira rien. J’espère que d’autres filles ont de meilleures expériences car la mienne, elle a chié. Vraiment. Par contre, ça peut être un avantage parce qu’on se souvient de toi mais est-ce que c’est pour les bonnes raisons … Je ne suis pas sûre. On le voit même au niveau des rappeuses/rappeurs, ils ne sont pas jugés sur la même chose. Il y a des meufs qui peuvent être meilleures que des gars mais elles resteront à chier et eux, on va les glorifier. Il faut qu’elles rentrent dans une catégorie soit grande soeur soit garçon manqué soit bimbo. Elles n’ont pas le choix pour réussir. Ce qui m’avait choqué, c’était pour Chilla. La meuf, elle tue le truc. Elle n’arrivait pas forcément sur du Boom Bap mais sur des musicalités actuelles et elle kickait ça ! Elle a du fond, des textes. Elle sait rapper. C’est pas un garçon manqué mais c’est pas une bimbo non plus. Elle a fait un son “#BalanceTonPorc“. Elle a tout de suite été mise dans la case “féministe” et basta. Alors qu’un mec, un jour, il fait du boom bap, le lendemain de la trap ou du cloud, on ne va rien lui dire. Il peut se balader et on ne le met pas forcement dans une case ou c’est lui qui la choisit. Je trouve que c’est compliqué et qu’on n’a pas le droit à l’erreur. Et si tu ne fais pas d’erreur, tu es mal coiffée.

LDM : L’idée de ce dossier est de mettre en avant les femmes de l’ombre.

P : Pour moi, il n’y en a pas assez. Ça se voit déjà au niveau du Rap. Les rappeuses se comptent sur les doigts de la main. Je parle de celles où il y a du relais et c’est rare. Dans le milieu, ça l’est aussi. On en voit peu en radio ou en TV qui ont vraiment du poids et pourtant elles gèrent ce milieu. On sait que ce sont les femmes qui achètent. Il y a plus de femmes qui achètent du Rap Français que d’hommes. Et celles de l’ombre, il y a encore plus : les manageuses, les attachées de presse, les DA, … Elles tiennent ce milieu. Nous sommes dans l’ombre. Mais dès qu’on veut passer par la lumière, il y a un problème sinon on serait beaucoup plus. Malheureusement, je pense qu’il y a un problème. Un plafond de verre.

LDM : Si tu n’avais pas fait ce job, tu penses que tu aurais fait quoi ?

P : Si on reste dans le milieu journalistique, j’aurais fait du journalisme politique ou judiciaire. Autrement, j’aurais kiffé être décoratrice d’intérieure. Je suis passionnée. J’aime les métiers créatifs.

LDM : Des conseils à donner ?

P : Accroche-toi ! Reste toi même. Ne te trahis pas. Demande toi pourquoi t’as aimé cette musique ? Fais en sorte que ce tu fais le reflète.

LDM : Un morceau ?

P : Mon péché mignon, c’est “Retour aux Pyramides” des X-Men, “Attaque à mic armé” d’ATK et Zoxea … J’en ai plein … “Laisse tomber Hélène” de LIM.

[Dossier] Des Meufs & du Game

Crédit photo : Sébastien Girod