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Juliette : “C’est faire en sorte qu’un artiste qui a fait son album dans sa chambre soit reconnu !”

Debout depuis 5h30, c’est entre deux rdv, dans un café que Juliette accepte de dresser son portrait. Ce sera un jus d’orangé pressé survitaminé pour affronter la journée.

Les Deux Meufs : Qui es-tu ? D’où viens-tu ?

Juliette : Je suis Juliette. Je travaille chez Bendo Music en tant qu’attachée de presse et un peu touche à tout sur la partie artistique. J’ai fait une Fac de Lettres Modernes avec un parcours de communication. J’ai fait un Master 2 Communication des Entreprises. Je suis passionnée de Rap depuis que je suis toute petite. Ce que je voulais, c’était de faire mes études en alternance et qui avait un rapport avec la com et la musique. J’ai candidaté chez Musicast et ça a fonctionné. J’ai enchainé en CDI direct après. J’ai été attachée de presse de 2013 à 2016. Musicast a été racheté par Believe. J’ai intégré la partie label “All Points” et j’ai été Chef de projet pendant un an. Et là, je suis chez Bendo Music depuis à peu près un an et je suis retournée à la promo. 

LDM : Aujourd’hui, qu’est ce que tu fais ?

J : Je suis attachée de presse de formation. Mes missions, elles vont être de faire en sorte que lorsqu’un artiste sort un projet, il soit relayé par les médias. Il faut qu’il ait de la visibilité sur le web, dans la presse, à la TV et à la radio. Je travaille en binôme avec Nadjer. Je m’occupe aussi d’organiser les interviews, les freestyles, … de faire un planning avec les dates clés de la sortie du projet. Dans la partie presse, il y a aussi une grosse fonction de conseils. Les artistes ne connaissent pas toujours le paysage médiatique. Mon rôle va être de les orienter. Le côté marketing, c’est gérer le budget alloué pour la sortie d’un projet. C’est savoir combien on va mettre pour un habillage sur Booska-P ou OKLM, pour une sponsorisation Instagram. Et si il y a un gros budget, c’est mettre de l’affichage dans le métro, dans la rue, etc. En fait, c’est conseiller l’artiste sur ses investissements. 

LDM : Qu’est-ce qui te plait dans ce que tu fais ?

J : C’est la partie artistique parce que je suis avant tout une passionnée de musique et de Rap. C’est les rencontres, c’est le partage. C’est parler avec les gens de la même chose. On se comprend. On parle pas chinois. J’ai toujours beaucoup bossé avec les indés. C’est donc de faire en sorte qu’un artiste qui a fait son album dans sa chambre mais qui a un talent de dingue soit reconnu et qu’il puisse en vivre, faire de la scène ! C’est de l’aider et faire partie de l’aventure. J’ai toujours été très intéressée par les médias. Quand j’étais petite, je voulais être journaliste. Ça m’a toujours attirée et l’idée c’était d’allier les deux. 

LDM : Ta place de femme au milieu de tout ça ?

J :  Je pense que ça étonne mais que ça étonne de moins en moins. C’était surtout avec mon entourage personnel. On aurait dit que je travaillais dans le milieu du Rap par défaut. Que c’était une annonce Pole Emploi et que je mettais retrouvée dans ce milieu. Ça étonnait beaucoup qu’une fille, blanche de surcroît, puisse aimer cette musique et y travailler. Comme si je n’avais pas ma place. Mais dans la musique, je n’ai jamais ressenti que j’étais une femme par les rappeurs ou autres. C’est plus moi naturellement qui me positionne. Par exemple, pour les semaines de Planète Rap, je ne vais pas être dans le studio avec les 50 mecs qui sont en train de faire la fête avec leurs potes. Je vais plutôt me mettre en régie. Aussi, avec certains artistes, je vais mettre des limites parce que tu restes une femme. Parfois, dans le travail, ça peut être mal interprété. Mais c’est aussi une force ! Ce qu’on dit, c’est certifié, c’est acté, c’est fait. On nous fait confiance. C’est la parole féminine, c’est une parole réfléchie. Avec un mec, il y a plus un rapport d’égo. 

“Ça étonnait beaucoup qu’une fille, blanche de surcroît, puisse aimer cette musique et y travailler.”

LDM : L’idée de ce dossier est de mettre en avant les femmes de l’ombre.

J : Il y a de la mise en réseau via une page Facebook avec toutes les femmes qui travaillent dans la musique. Ça, c’est hyper cool. Ça permet de s’échanger des contacts de manager, de médias, des conseils, des offres d’emploi, etc. C’est vraiment un gros groupe d’entraide pour les femmes dans ce milieu. Je trouve qu’il y a vraiment de plus en plus de femmes. Quand j’ai commencé en 2013, j’avais l’impression qu’on se comptait sur les doigts de la main. Alors que maintenant, notamment en maison de disque, c’est de plus en plus des filles qui sont chef de projet et qui sont reconnues. Et elles le sont pas juste pour leur travail mais pour leur connaissance du milieu du Rap. Il y a une vraie mise en réseau. Un truc fédérateur. Je trouve ça hyper cool qu’on fasse valoir nos idées et dire qu’on écoute pas que du Hamza ou du “Rap Love”. C’est trop bien que ça étonne les gens et que ça fasse écho. J’ai été attachée de presse et chef de projet de Jul. Je kiffe sa musique et pas le Jul de “Mon Bijou” ou “Tchikita” mais ses freestyles de Planète Rap ! Ça fonctionne hyper bien car c’est ramener une touche de féminité. Je conseille aux artistes de retarder au maximum de mettre des filles en string dans leurs clips. Pour moi, tu te coupes d’une certaine partie d’un public féminin. Tu prends Jul, Djadja & Dinaz, ils n’ont jamais fait ça dans leurs clips. Grâce à ça, ils ont un public de meufs qui est très attaché à cette valeur. Et s’ils le font, on verra direct les commentaires sur Youtube : “Ah, vous avez changé !”, “Vous respectez plus les femmes ». Je ne sais pas si un mec, il le dirait … Ça va peut être faire un peu cliché mais suivant le style de Rap, il faut quelqu’un qui connaisse les codes. Si c’est juste une fille pour qui c’est le kiffe d’écouter un Fianso ou un Mac Tyer mais qui comprend pas trop ce qu’il dit … D’où l’importance d’avoir les codes ou les comprendre. Les petits qui partent dans les quartiers, c’est pas juste un fait divers dans Le Parisien ou La Provence. 

LDM : Si tu n’avais pas fait ce job, tu penses que tu aurais fait quoi ?

J : J’aurais aimé être prof, prof de français. Pour moi, c’est un peu la même mission. C’est d’éduquer, de transmettre. C’est de plus en plus lourd, pour moi, de promotionner un Rap qui fait l’éloge des armes, du traffic de drogue. Si j’avais été prof, j’aurais appris aux jeunes à s’attacher à des valeurs même s’ils ne les ont pas à la maison. Dans le Rap, il y a plein d’artistes qui font cette mission et je trouve ça très beau. C’est des artistes qui sont très agréables à travailler comme Demi Portion, Kery James, Sam’s. C’est pour ça que j’adore mon métier et mon quotidien, c’est de pouvoir les aider à prôner cette parole. 

LDM : Des conseils à donner ?

J : Faut pas avoir peur. C’est pas un milieu méchant. Ça le devient quand tu es dans les comptes, les propositions. Dans le côté financier, c’est un peu tous des chiens. Il n’y a pas vraiment de règle et tout le monde se tire dans les pattes. C’est pas joli. C’est pas agréable de connaître cet aspect là. Faut avant tout avoir une grosse connaissance et faut consommer toutes les actualités mais aussi tous les classiques. Faut se faire un gros bagage. Tu peux être testé sur ça et peut être plus si tu es une femme. Il ne faut pas avoir peur de commencer par des petites équipes et ne pas vouloir tout de suite candidater dans des énormes maisons de disque. 

LDM : Un morceau ?

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